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Cela faisait des mois et des mois que la lutte s'éternisait. Au départ, les troupes se répandaient à une vitesse infernale, dévastant toute chose sur leur passage. On eut dit que les flammes de l'enfer étaient sorties de leur fournaise, des légions entières de braises brûlant le sol de leurs pas.
Et au milieu de ce sanglant incendie, je détruisais, saccageais, lacerais à tout rompre les troupes ennemie, ralliant parfois les moins faibles, les égorgeant parfois par simple plaisir, comme pour me venger de ce monde hait... Parmi les fidèles, je combattais et décimais avec la hargne la plus féroce (plus par satisfaction personnelle que pour l'œuvre de Satan), parfois même plus que de raison avec l'envie démente de tous les anéantir. Nous triomphions dans ce charnier, et avec tant de facilité.
Rien ne nous résistait, chaque bataille était gagnée d'avance, nous étions tous puissants face à ces bêtes blessées... Victorieux en tout point, leur défaite et notre succès semblaient assurés, inévitables...
Et pourtant... l'élite haletait, les hommes semblaient inépuisables ; leurs pertes semblaient ne pas affecter leur nombre, ils proliféraient aussi vite que la peste. Peu importait combien trépassaient, de nouveaux arrivaient toujours, et le combat semblait ne jamais pouvoir s'achever. Quand à Satan, il se terrait dans ses entrailles, ne nous adressant pas le moindre signe.
Ces hommes... Ces... vermines ! Ils sont pires que la maladie, pire que la pulmatie qui devait les anéantir ! Une lèpre qui ronge la Terre ! Peu importe combien on en arrache elle repoussera acharnée pour la redévorer ! Comme des microbes survivant dans la pire des crasses, indestructibles, se raccrochant toujours à la moindre parcelle ! Je les hais pour cela, pour leur nature même, pour leur infection qui empêcherait à jamais leur extinction.
Ils avaient survécu à l'acide de Satan et même cela les avait rendu plus purulents... Je compris alors que tout ceci était vain... Tout était trop pourri de ces êtres pour en être lavé.
Je n'aime pas le gaspillage, et comme Satan ne daignait pas s'intéresser à notre cause, (en fait il boit l'apéro avec Dieu pendant qu'on se tape la tronche) je décidai de quitter le groupe.
Plus lucide que les autres qui ne raisonnaient que par le chaos, (ce qui n'est pas mon cas, je suis plus raffiné) je partis le premier, marchant droit devant moi, sans de réel but.
Une fois de plus je me retrouvais dans ce monde détesté, si imparfait, seul... Seul au milieu des champs dévastés, sans route fixe, errant au gré de mes pensées, allant là où mes pieds me portaient.
Car en vérité les songes même m'avaient quittés, dans ce néant où plus rien n'avait de sens, ni d'avenir, excepté un guerre infinie.
Le paysage défilait devant moi sans que je le vis, j'avais beau rechercher une issue je tournais en rond pour revenir à cette conclusion : l'inutilité.
Je déambulai ainsi pendant des jours et des jours, m'arrêtant dans des chaumières, partageant la table de gueux et de manants de la pire espèce. J'appris de leur bouche que bon nombre de mes frères avaient renié l'autorité de Adlheid et abandonné le champ de bataille.
Finalement de notre élite il ne restait rien, et encore moins de notre « sainte » mission. Quelle dérision...
Arrivé en face d'une forêt, je tombai... De fatigue, de rage, de désespoir, je ne sais... Je m'assis alors sur un rocher et pour le première fois depuis si longtemps je fus envahit pas le désespoir, et la doute. Je me sentais si peu à ma place dans ce monde abject, sans attaches, ni personne. Je n'aurais jamais crû que la solitude pourrait me désemparer à ce point, je me sentis faible et détestable ! Ces lamentations me désespéraient, et j'en vins à penser à Adelheid... L'amante de Satan, celle qui avec moi avait été désignée pour mener le carnage. Qu'était-t-elle devenue ? Croyait-t-elle encore à ce gachis? Lui restait-t-il encore des fidèles à la cause de Lucifer? Mais après tout peu importait...
Moi Dorian Gray, car tel fut mon nom, je ne pouvais m'apitoyer de la sorte sur mon sort (allez pas croire qu'il va devenir gentil comme ça, connard il est, connard il restera !) !
Aussi je résolus de trouver les moins faibles des vivants ou non vivants d'ici bas pour mettre fin à ce conflit insensé... Car il n'avait que trop duré, et ma place n'était pas ici (faut pas croire qu'il fait ça pour le bien de l'humanité ! Il fait ça pour lui !).
Je suis Ghraÿ, né est mort des mains de Satan, sans pitié, sans conscience, mais à présent sans rien...
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